Le journal de Hermann Meyer

Extrait du journal de Hermann MeyerEn 2016, lors de mon travail préparatoire aux Lettres de l’espoir, je suis partie à la rencontre de mon père à travers le temps et l’espace. C’est ainsi que je me suis rendue dans le petit village allemand de Gehrde. Il y avait été prisonnier pendant la Seconde guerre mondiale. De là, il avait envoyé à ma mère de touchantes lettres d’amour. J’ai cherché la ferme où il avait travaillé, les gens qu’il avait connus. Je l’ai retrouvé lui, en creux, bien loin de son Paris d’origine, dans cette terre basse-saxonne de bruyères et de marais.

Sur place, j’ai reçu une aide précieuse ; et parmi ceux qui m’ont accompagnée dans mes recherches, certains sont devenu des amis. C’est le cas de Winfried Meyer : il m’avait à l’époque accueillie, informée et mise en lien avec le journal local Bersenbrücker Kreisblatt qui avait suivi et relayé ma démarche.
Aujourd’hui, Winfried m’envoie le résultat de son propre travail de recherche et de mémoire. Il a en effet recueilli et annoté le journal tenu par son père Hermann pendant les derniers mois de la Première guerre mondiale. Un travail remarquable, que je suis honorée de lire, et heureuse de partager avec vous.  

Hermann MeyerEn 1918, Hermann Meyer est affecté à une boulangerie roulante de campagne. Au printemps, il est stationné à Arieux dans le Douaisis. A ce titre, même s’il est proche de la ligne de front il ne participe pas directement aux combats. Ce qu’il documente au fil des entrées souvent laconiques de son journal, c’est la morosité d’un quotidien immuable, où « chaque jour est comme tous les autres jours ». Les tâches sont répétitives, les lieux se confondent, la lassitude perce sous chaque phrase. Seules les lettres envoyées et reçues des proches trouent la grisaille.

Pour nous faire entendre au mieux la voix de son père, Winfried Meyer replace le journal dans son contexte. Il rappelle les événements marquants de la période, de mai à décembre 1918. Il illustre le document par des photographies ou la carte de la ligne de front. Il commente aussi le ton désabusé du journal, la solitude apparente au milieu du groupe. Ce faisant, il éclaire la grande Histoire à la lumière de l’expérience individuelle. L’asthénie de Hermann, c’est celle de toute l’Europe au terme du conflit. Et on ne peut qu’être touché de lire, au soir du 11 novembre 1918, ces mots tout simples : « […] encore plein de travail, mais l’Armistice, ça fait oublier toutes les douleurs, même si le courrier ne circule pas ».

Si vous lisez l’allemand, je vous conseille vivement la lecture de ce journal. En une dizaine de pages, il ouvre une fenêtre sur une époque pas si lointaine, mais pour laquelle nous ne nous pouvons déjà plus interroger de témoins immédiats. Merci à Winfried Meyer pour cette initiative.  Journal de Hermann Meyer (en allemand)

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